Si 15,15-20 ; 1 Co 2,6-10 ; Mt 5,17-37.
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«Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » la Loi et les Prophètes. Ces paroles du Seigneur peuvent nous surprendre, surtout lorsque nous entendons par ailleurs d’autres passages des évangiles où Jésus semble plutôt prendre ses distances avec certains préceptes dont les pharisiens et les scribes se faisaient les défenseurs zélés. En fait, une première approche nous montre que lorsqu’il parle de la Loi, dans ce passage de l’évangile de Matthieu, Jésus cite exclusivement les dix commandements tirés du livre de l’Exode (Ex 20,1-18), ce qui suppose donc l’exclusion de toutes les coutumes et pratiques ajoutées par la tradition rabbinique postérieure. Jésus revient donc à la lettre des Écritures, dont il nous dit que rien ne doit être négligé. Le respect des dix commandements constitue de ce fait le socle commun et inaliénable du judaïsme et du christianisme.
Mais le refus des développements dus à l’interprétation des scribes va également de pair avec un approfondissement de l’intention profonde de ces commandements. En effet, le meurtre ne se limite pas à la mise à mort violente d’autrui. Il existe d’autres manières, plus subtiles et plus cachées, qui peuvent également aboutir à la destruction de l’autre, comme par exemple l’insulte et la malédiction. La médisance et la calomnie sont ainsi assimilées par Jésus à l’acte même de donner la mort. Jésus nous fait donc passer du registre de l’acte extérieur, que chacun peut constater, à l’intention qui anime les profondeurs du cœur humain. Le problème n’est plus au niveau de l’action, mais au niveau du cœur.
Dans ce contexte, la tentation de l’adultère ou les serments prennent une tout autre signification. Nous sommes acculés à nous interroger sur tout ce monde de désirs et de pulsions qui alimentent notre esprit sans toutefois toujours nous pousser à agir. Jésus ne cherche pas à développer en nous la maladie du scrupule, bien au contraire, mais il désire plutôt nous mettre en garde contre tout jugement hâtif et définitif concernant les actes d’autrui. En effet, celui qui devient conscient de tout ce trouble intérieur en lui-même, va chercher à comprendre ce qui se passe en l’autre, sans céder trop facilement à l’émotion moralisante des pseudo-vertueux.
En effet, lequel d’entre nous s’est arraché un œil ou coupé un membre après une tentation ? Personne ! Cela veut-il dire que nous n’ayons jamais été tentés ? Certes non ! Mais cela signifie que nous sommes bien souvent plus miséricordieux pour nous-mêmes que nous ne le sommes pour nos frères. En poussant l’exemple si loin, Jésus veut nous faire prendre conscience que nous nous exonérons très facilement des fautes et des erreurs que nous condamnons avec tant de force chez les autres. Ce « deux poids et deux mesures », que Jésus relevait avec vigueur chez les pharisiens de son temps, nous pouvons également le détecter dans nos propres comportements. Ce qui est un honteux privilège chez l’autre devient une bonne opportunité pour moi. Ce qui est une attitude scandaleuse chez lui devient une faiblesse bien pardonnable pour moi. Ce qui est insultant dans sa bouche n’est qu’une petite erreur d’expression chez moi. Jésus ne nous invite-t-il pas simplement à ouvrir enfin les yeux ?
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